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La violence a l’école

Article paru dans le numéro 19 de reflets Magazine (Janvier-Février 2013)

Qu'en est-il aujourd'hui? Les choses ont-elles réellement évoluées?

 

La violence à l’école est un sujet d’actualité hautement médiatisé depuis ces dernières décennies. Ce n’est pas la médiatisation des cas de violences en milieu scolaire qui a conduit à une augmentation de ce «phénomène » mais cette médiatisation a certainement permis de mieux informer les populations sur ce que peuvent subir les enfants à l'école, à la sortie des classes, dans le quartier ou dans la ville. 

Par Monique Cardone

Violences scolaires : Des milliers d’élèves sont harcelés en France chaque année -© France Soir, 14 mars 2011

Ce problème de société a toujours existé mais n’avait pas d’écho dans la presse car l’école notamment en France a pendant longtemps été sanctuarisée de telle sorte que tout ce qui s’y passait n'était pas rapporté à l'extérieur. Sur le plan historique, en France, la violence à l’école était autrefois permise au moyen de châtiments corporels infligés par le maître quand cela était « nécessaire » pour ramener les élèves perturbateurs à l’ordre. Mais la loi va interdire cette pratique.

 

Les chatiments corporels infligés par le maître vont être interdits par la loi du 18 juillet 1882 en ses articles 16 et 17 du règlement scolaire modèle  qui stipulent que::
 « Les seules punitions dont l'instituteur puisse faire usage sont: les mauvais points, la réprimande, la privation partielle de la récréation, la retenue après la classe sous surveillance, l'exclusion temporaire.» (1) . 
En 1989, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant va abonder dans ce sens en son article 28 alinéa 2 : 
« Les États parties prennent toutes les mesures appropriées pour veiller à ce que la discipline scolaire soit appliquée d'une manière compatible avec la dignité de l'enfant en tant être humain… » (2)
Les violences à l’école qui étaient l’apanage des instituteurs, sont désormais le moyen de « communication » de certains élèves ainsi que de leurs parents.
Cette violence est une problématique universelle qui touche de nombreux établissements à travers le monde. Son expansion a conduit de nombreux chercheurs, notamment français et canadiens spécialisés dans les Sciences de l’Education à tenter de trouver des solutions pour lutter contre ce fléau. Nous nous appuierons sur certains de leurs travaux pour illustrer nos propos. Aussi, notre analyse s’articulera d’une part autour des formes de violences scolaires et des chiffres de celles-ci en France et d’autre part nous présenterons les mesures prises par les États pour faire face à ce problème. 
Pour définir ce qui est violent ou ce qui ne l’est pas, il faut tenir compte de l’époque (temps) mais aussi des normes sociales (normes européennes ≠ normes africaines ≠ normes américaines). Un acte considéré comme violent en France ne sera peut-être pas vu de la même manière au Sénégal ou aux Etats-Unis. E. Debarbieux (3) (1996), l’un des pionniers en Europe à travailler sur la question des violences à l’école la définit comme «une désorganisation brutale ou continue d’un système personnel, collectif ou social se traduisant par une perte d’intégrité qui peut être physique, psychique ou matérielle » (p. 45) (4). 

 

1. Les formes de violences à l’école : Les cas de la France et des Etats-Unis.

Il semblerait que les violences en milieu scolaire n’aient pas une définition commune proposée par les experts scientifiques de cette problématique. Peut-être est-ce dû au fait que les violences à l’école se manifestent sous des formes différentes d’un pays à un autre et sont prises en considération de façon distincte du point de vue morale voire juridique. C’est dans ce contexte que V. Troger (5) , enseignant chercheur affirmait en septembre  2012 

Autrement dit  en France a contrario des Etats-Unis, la violence à l’école s’apparenterait plus à des actes d’incivilités (dégradations des biens, irrespect, comportement agressif…) (6)  plutôt qu’à des actes criminels (fusillades, tueries…). Dans l’hexagone, les violences se manifestent principalement par des infractions minimes et moins par des faits pénalement qualifiables. Récemment, les journaux révélaient qu’à Valence dans la région Rhône Alpes, une Conseillère Principale en Education (CPE) avait été agressée physiquement par la mère d’un élève de 6ème. Cette agression s’est soldée par dix jours d’arrêt de travail pour la victime et par une condamnation d’un an de prison dont six mois ferme pour le parent d’élève mis en cause. De l’autre côté de l’Atlantique, aux Etats-Unis, la tuerie de 26 membres (dont 20 élèves de CP) d’une école primaire de Newtown par un jeune adulte est un acte d’une rare violence qui a relancé l’intarissable le débat sur le port d’armes protégé par le deuxième amendement de la constitution américaine. 

Les actes de violences en milieu scolaires ont lieu souvent dans l’école (les classes, les cours de récréation, les toilettes) mais aussi en dehors de l’école (sur le trajet pour s’y rendre ou rentrant chez soi). On distingue dans l’ordre établi par l'Observatoire International de la Violence à l’École (7) deux grandes catégories :

   a) Les violences subis par le personnel : le cas des enseignants du 1er degré de l’Education Nationale.

Les violences verbales sont les plus courantes agressions subies par les victimes sous formes principalement d’injures  à 35,80% et de menaces à 17,10%.

L’ostracisme et le harcèlement sous toutes ses 

formes représenteraient respectivement environs 14% des violences à l’encontre du personnel.

Les incivilités sont aussi présentent dans ce chiffrage. Soit environs 12% pour le vol, les dégradations de véhicule 10,70%, les bousculades 5,60%...

Les violences physiques sont moins fréquentent mais représentent quand même 4% de ces violences à travers des coups et des blessures avec arme.
Il semblerait qu’il y ait un lien de causalité établi entre les violences en milieu scolaire et la situation géographique de l’établissement. Autrement dit, un établissement situé dans un quartier dit « défavorisé » enregistrerait plus d’actes de violences qu’un établissement situé dans les « beaux quartiers ». Cette enquête qui ne concernait que le personnel du premier degré est représentatif du mal être et des difficultés rencontrées par celui-ci.

   b) Les violences subis par les élèves.

Les violences verbales occupent aussi une place importante chez les élèves soit 40,20% (8) . Elles sont le plus souvent perpétrées par un ou plusieurs élèves. Cela passe par des insultes ou des moqueries. Cependant, ces victimes peuvent également être des souffre-douleurs de certains enseignants qui tiennent des propos désobligeants à leur égard les prenant souvent à partie par rapport à leurs capacités intellectuels. La violence verbale en 2011-2012 a augmenté de 2.7% par rapport à 2007-2008.

Le harcèlement, c’est le fait de subir de manière successive des actes préjudiciables de la part d’un pair ou d’un groupe. Le harcèlement peut être physique (jeux dangereux dans la cour de récréation subis par le même élève à chaque fois) ou psychologique (calomnie sur les réseaux sociaux, méchancetés…). Sachant qu’ « un enfant sur dix est en souffrance à l’école » (9), en 2011 le ministre de l’Education Nationale de l’époque, Luc Chatel avait demandé à E. Debarbieux de mener une étude sur le sujet. Le harcèlement entre pairs paraît comme l’une des violences ayant le plus de conséquences chez les victimes allant du décrochage scolaire aux actes suicidaires.

Les violences physiques sont de l’ordre de 31,20%. De nombreuses élèves sont victimes de coups de la part de leurs camarades dans la cour de récréation (jeu du foulard) à l’insu des adultes, dans les toilettes, lors des pauses ou même à l’entrée de l’établissement.

Les violences psychologiques moins perceptibles, se manifestent par le rejet d’un élève dans une classe (indifférence de ses camarades, dévalorisation de ses idées…).
Hormis ces deux  catégories de violences, on dénote aussi d’autres incivilités telles que la dégradation des biens des actes de vandalismes commis sur les murs ou les tables de l’école.

 

2. Les solutions apportées par l’Etat pour lutter contre les violences scolaires.

- L’Etat français, par son ministère de l’Education Nationale a fait des violences en milieu scolaire une de ses prioritaires. Après de nombreuses enquêtes menées par l’Observatoire International des violences faites à l’école, le ministre actuel, Vincent Peillon a proposé les mesures suivantes ;
- Mesurer le climat et la violence dans les établissements scolaires grâce aux données du Systèmes d’Information et de Vigilance sur la sécurité scolaire (SIVIS) et aux enquêtes sur la victimisation. Les prochaines enquêtes auront lieu en 2013 ;
- Renforcer la présence des adultes dans les écoles (recrutement de plus de personnel) ;
- Former les enseignants et les personnels de l’Éducation nationale notamment à la gestion des conflits à l’école ;
- Renforcer le plan de sécurisation des établissements scolaires ; 
- Redonner du sens aux sanctions scolaires ;
- Accueillir les élèves les plus perturbateurs dans des écoles spécialisées. Cela est possible depuis 2010 dans les établissements de réinsertion scolaires (ERS) ;
- Lutter contre le harcèlement à l'École ; 
- Prévenir les jeux dangereux.

 

La problématique des violences scolaires est un sujet d’une grande importance mais aussi très sensible sur le plan sociopolitique dans la mesure où les autorités publiques ont souvent associé les violences à l’école aux zones d’éducation prioritaires sans pour autant tenir compte des différents déterminants de ces violences. Nous constatons dans les différentes mesures prises qu’aucune ne prend en compte la relation avec les parents d’élèves qui sont pourtant les acteurs principaux dans la vie de leurs enfants. Des campagnes de sensibilisations devraient aussi être adressées aux parents d’élèves pour prévenir et lutter contre ce fléau social. Stigmatiser une population, un quartier n’apporte aucune solution. Les parents qui ont des enfants en difficulté doivent reconquérir des parcelles de responsabilités et d’autorité perdues. Fonder beaucoup d’espoir sur l’avenir de leur progéniture est une bonne chose, mais cela doit aller de pair avec la transmission et le respect des valeurs essentielles du vivre ensemble. 

Dans cette première partie de notre nouvelle série documentée réservée à l’éducation, nous avons abordé de façon générale la problématique des violences à l’école. Dans les prochains numéros nous analyserons plus en profondeur les origines de ces violences ainsi que leurs déterminants. 

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